Résilience démocratique et civique face à la guerre hybride
Dr Oleksandra Keudel, Col. (r) Andrii Ordynovych — modéré par Amber French-Griette.
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Sous la résistance armée visible de l’Ukraine se cache une histoire peu documentée mais d’un fort impact : celle de la résistance civile et de la défense civile non violente.
S’appuyant sur deux présentations, ce webinaire retrace la façon dont la société ukrainienne s’est organisée pour résister, s’adapter et endurer l’invasion à grande échelle menée par la Russie. Le colonel (r) Andrii Ordynovych retrace une longue filiation démocratique, depuis le veche de la Rus’ de Kiev et les conseils municipaux issus du droit de Magdebourg jusqu’à la Sich zaporogue et à l’actuelle défense civile non violente, en opposant deux conceptions de la liberté, svoboda et volia, qui façonnent encore l’auto-organisation ukrainienne. Il présente les formes de résistance décentralisées, en réseau et hautement professionnalisées aujourd’hui à l’œuvre : défense territoriale, résistance non violente sous occupation, guerre de l’information, résilience économique et mobilisation civique internationale, ainsi que la doctrine, les lois et les compétences nécessaires pour les soutenir.
La Dr Oleksandra Keudel, s’appuyant sur une recherche menée conjointement avec Oksana Huss auprès de 127 collectivités locales ukrainiennes, introduit un cadre en « 3C » : la résilience comme capacité à faire face à une crise tout en préservant intacte une valeur ou une fonction centrale définie. Ses résultats montrent comment les communautés locales font circuler les connaissances, mobilisent des ressources et expérimentent pour traverser la guerre hybride, souvent plus vite que ne le peuvent les institutions formelles.
Ensemble, ces présentations montrent que compter sur la spontanéité d’une population une fois le conflit déclenché revient à manquer l’occasion de mobiliser notre plus grand avantage stratégique face aux régimes autoritaires : notre arsenal démocratique. La préparation préalable de la défense civile non violente doit être reconnue sur le plan doctrinal, soutenue sur le plan opérationnel et intégrée à la gouvernance bien avant que la crise n’éclate — des enseignements précieux pour l’architecture de sécurité européenne, appris AVEC l’Ukraine plutôt que simplement observés de loin.
Intervenants
Le colonel (r) Andrii H. Ordynovych est co-président du conseil d’administration de l’ONM et directeur des partenariats stratégiques au sein de l’Ukrainian Freedom Fund. Il a occupé plusieurs postes clés au sein des forces armées ukrainiennes, notamment directeur adjoint de la coopération militaire et attaché militaire aux États-Unis. Le colonel Ordynovych a également été représentant militaire adjoint de l’Ukraine auprès de l’OTAN (Mission de l’Ukraine auprès de l’OTAN). Il a reçu de nombreuses distinctions, dont la Legion of Merit américaine et la Médaille de la Défense française.
Lisez son article de 2026 dans le numéro « Ukrainian Freedom: Collective Agency in National Defense » de la revue de l’ONM Across Fault Lines: A Civic Journal.
Télécharger la présentation du Col. OrdynovychDr Oleksandra Keudel est politologue, professeure associée, vice-doyenne à la recherche au sein du département des sciences sociales, et directrice fondatrice du Centre pour la résilience démocratique à la Kyiv School of Economics. Dr Keudel siège au conseil scientifique consultatif de l’ONM. Elle possède une vaste expérience de recherche et de conseil en politiques publiques orientées vers la pratique, portant sur l’autonomie locale, la participation citoyenne et les partenariats municipaux internationaux en Ukraine.
Lisez son article de 2026 dans le numéro « Ukrainian Freedom: Collective Agency in National Defense » de la revue de l’ONM Across Fault Lines: A Civic Journal.
Télécharger la présentation du Dr KeudelModératrice
Amber French-Griette est experte en résistance civique en temps de guerre, avec un accent particulier sur la défense civile non violente afin d’améliorer l’autonomie et la durabilité sécuritaires de la défense européenne. En 2025, elle a cofondé l’ONM, dont elle est aujourd’hui directrice exécutive. Forte de plus de 20 ans d’expérience en recherche, édition, enseignement, direction, publication et éducation civique, elle a dirigé plusieurs revues et publié plus de 40 articles sur la résistance non violente stratégique. Amber intervient régulièrement dans des podcasts et des conférences, et a enseigné dans deux universités françaises. Elle dirige l’ouvrage à paraître, Ukrainian Freedom: Collective Agency in National Defense, aux éditions Columbia University Press (novembre 2026).
À l’heure où la pression s’intensifie, la compétition s’accroît autour des arsenaux classiques des armées : les sources de pouvoir encore peu examinées dans la société, comme l’arsenal démocratique, deviennent alors plus importantes.
La mission de l’ONM est de jouer un rôle moteur dans la constitution de ce second arsenal, aux côtés d’autres acteurs de terrain en France, en Ukraine, en Europe et en Afrique francophone. Notre vision : que l’action civile soit pleinement intégrée à l’architecture européenne de défense et de sécurité, et non traitée comme un simple complément à la planification militaire — ou pire, laissée à l’improvisation en temps de crise.
Qu’est-ce que la défense civile non violente ?
L’objectif de ce webinaire est d’explorer le pouvoir non militaire, un terme qui peut d’abord déconcerter, mais qui, si vous persévérez, pourrait vous apprendre quelque chose de nouveau sur la guerre et sur la prospective stratégique pour l’Europe. Nous sommes heureux de vous compter parmi nous, mais nous tenons à le souligner : il vaut mieux apprendre AVEC l’Ukraine, pas seulement SUR l’Ukraine.
Le pays est un organisme vivant, qui combat et s’adapte en temps réel, et qu’il vaut la peine d’engager activement, pas seulement d’observer. Il existe de nombreuses façons constructives, en dehors de l’écosystème militaire et sans échange d’argent, de coopérer avec la société civile de base et les citoyens ordinaires qui luttent, de manière non violente, pour la liberté.
Un concept central à définir pour ce webinaire : la défense civile non violente (DCNV) (anglais : « unarmed civilian-based defense »), que l’on comprend le mieux par ce qu’elle n’est pas.
Ce n’est pas le pacifisme (une idéologie).
Ce n’est pas la protection civile (la préparation aux situations d’urgence pilotée par les institutions).
Ce n’est pas la défense totale, qui associe résistance armée et citoyens-soldats à la résistance civile non armée.
Ce n’est pas SEULEMENT la coopération civilo-militaire (CIMIC) ou l’aide à l’armée.
Et ce n’est pas un appel au martyre : ce n’est pas un idéal abstrait, comme vous le découvrirez au fil de ce webinaire.
La défense civile non violente n’est rien de tout cela.
Elle EST… une voie bien réelle, empruntée par des générations d’Européens avant nous, au Danemark, en Norvège, aux Pays-Bas, en France et en Belgique face à l’agression nazie, puis en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Ukraine et dans les pays baltes face à l’agression soviétique. Elle est souvent spontanée au départ, se structurant progressivement, mais toujours mieux préparée lorsqu’elle l’est en amont (tout comme n’importe quelle campagne armée le serait).
Ses protagonistes — familles, voisins, société civile, entreprises, retraités, vétérans, jeunes, étudiants et fonctionnaires — cherchent à contrarier les objectifs des agresseurs, en complément de la défense institutionnelle, en protégeant les communautés et en bâtissant une résilience face aux attaques hybrides, à un coût bien moindre que la plupart des actions cinétiques.
La DCNV n’est pas une panacée, mais nous n’avons pas trouvé de meilleur moyen de mobiliser une population pour la défense nationale, en engageant un agresseur là où il ne dispose d’aucun avantage stratégique. Comme l’écrivait Machiavel, les républiques fortes — les démocraties, dans le langage d’aujourd’hui — sont les plus difficiles à soumettre.